La RAPOUTITSA
ou l'absolutisme de la reine Nature

Le réseau routier de l’Union soviétique stalinienne (et avant lui celui de la Russie impériale) accuse un très grave retard sur ses équivalents occidentaux, et la quasi-totalité des routes n’est pas goudronnée et consiste en routes de terre battue. En conséquence, deux fois l’an, à la fin de l’hiver lorsque la neige fond et en automne à l’arrivée de la pluie, presque toutes les routes soviétiques se gorgent d’eau et se métamorphosent en rivières de boue infranchissables par les véhicules à roue et éreintantes même pour les véhicules chenillés et pour les chevaux. La Seconde Guerre mondiale étant une guerre hautement mécanisée, la raspoutitsa arrête net toutes les opérations militaires offensives, qui exigent une grande rapidité d’exécution et un rythme de mouvement maximal. L’expression russe raspoutitsa est issue des mots russes ras, préfixe privatif, et pout, « route ».

 

 

Une colonne de la 2e armée de panzers début octobre 1941 pendant l’opération TAIFUN, l’offensive du groupe d’armées Centre allemand en direction de Moscou. La raspoutitsa, alors à peine en train d’arriver, gêne et ralentit déjà l’opération. Chaque nouvelle semaine la verra empirer au point de finir par contraindre le groupe d’armées Centre, à la fin du mois d’octobre, à interrompre l’offensive en attendant l’arrivée de la période du gel qui figera et durcira les routes, rétablissant ainsi la liberté de mouvement.