Blanchi sous le harnois,

Igor Sergueïevitch OSSIPOV

« En 41, il n'y avait pas beaucoup de communiqués officiels, et encore moins de communiqués officiels importants. Il fallait donc y prêter l'oreille. Comme je n'habitais pas loin de là, je suis sorti en courant et j'ai traversé la rue pour m'assurer que maman écoute le communiqué. Elle était assise à une table, un réveil devant elle, le poste TSF sur sa console. Quand elle m'a vu arriver, elle m'a dit : « Igor. C'est la guerre ». Je lui ai dit « Mais quelle guerre ? Nous avons un traité avec l'Allemagne ! » Mais le cœur d'une mère sent les choses dans leur profondeur et voit plus loin. J'ai cavalé chez le copain mais, avant même d'y parvenir, j'étais déjà dans une autre époque ».

 « […] Bref, c'était la guerre. A table, on était cinq filles et quatre garçons. Alors, tous les quatre, nous nous sommes levés et, sans repasser par chez nous, nous nous sommes dirigés vers l'antenne de recrutement militaire […] ».

« Un professeur à la tête d'une section truffée de maîtres de conférences et d'enseignants... Dans cette section-là, il aurait fallu instituer un conseil scientifique de soutenance de thèses ! ».

 - Igor Sergueïevitch OSSIPOV

Igor Sergueïevitch Ossipov, à gauche pendant la Grande Guerre patriotique, à droite dans un parc de Moscou le 30 juillet 2016.

C’est en toute simplicité, assis sur un banc à l’ombre des arbres et à l’abri du soleil d’été, casquette et bouteille d’eau à ses côtés, qu’Igor Sergueïevitch – ancien vice-ministre - nous a raconté son histoire. S’exprimant avec un regard d’aigle qui surplombe les tempêtes qu’il a vécues, il a réussi l’exploit de brosser l’ensemble de la saga haletante qu’il a connue pendant la Grande Guerre patriotique tout en préservant, tout au long, un discours précis et ciselé – au prix, il est vrai, d’un brin d’essoufflement.

Le premier chapitre du témoignage d’Igor Sergueïevitch étant déjà monté, nous le publions sur-le-champ, accompagné du présent commentaire provisoire qui sera bien sûr complété ultérieurement.

  

 

  

Juin 1941 – octobre 1944, la longue marche

Il semblait écrit que la Wehrmacht n’aurait pas la peau d’Igor Sergueïevtich Ossipov. Ce ne sont pourtant pas les opportunités qui ont manqué puisqu’il a servi depuis l’éclatement de la Grande Guerre patriotique en juin 1941 jusqu’à l’automne 1944, lorsqu’il a été blessé pour la troisième fois. C’est depuis un lit d’hôpital, mais bien vivant, qu’il a suivi les sept derniers mois de la guerre jusqu’au suicide d’Hitler dans Berlin.

Igor Sergueïevitch Ossipov est ukrainien. Il est né à Kharkov, la grande technopole universitaire, scientifique et industrielle d’Ukraine orientale. A la seconde même de l’annonce de l’opération BARBAROSSA – l’attaque d’Hitler contre l’Union soviétique, il se porte volontaire pour l’Armée rouge. Elle ne veut pas de lui ! Il a dix-sept ans. Igor sera forcé de porter son dévolu sur une unité d’infanterie improvisée de bric et de broc à l’initiative du ministère de l’Intérieur, dans un stade sportif, à partir de professeurs et de lycéens équipés d’armes de prise. Tandis qu’Igor apprend à servir une mitrailleuse Browning, la Wehrmacht se rapproche de Kharkov. Aux derniers jours de l’été, à deux cents kilomètres à l’ouest de la ville, le gigantesque désastre de la bataille de Kiev engloutit un demi-million de soldats soviétiques dont treize généraux – y compris le commandant en chef du Front du Sud-Ouest, tué. De tous les commandants de Fronts, c’était lui qui, de loin, avait opposé la plus solide résistance à BARBAROSSA. Cette défaite est un tremblement de terre, au sens propre comme au sens figuré puisque dès lors, les bombardiers de la Luftwaffe apparaissent dans le ciel de Kharkov. Les forces qui protégeaient les approches de la ville ont cessé d’exister et une course contre la montre s’engage : il faut achever le pharaonique déménagement des infrastructures industrielles vers l’arrière avant l’irruption des nazis.

L’automne est précoce et c’est sous un ciel froid et pluvieux que l’unité d’Igor est mise à contribution. Le voici montant gravement la garde – avec sa mitrailleuse - au pied des tours constructivistes qui cernent la place Félix Dzejinski de Kharkov, l’une des plus grandes d’Europe. Au même moment, à cinq cents kilomètres au nord, un certain général Guéorgui Joukov tente de conjurer une autre menace, l’attaque d’Hitler contre Moscou.

 

 
 

 

 Une partie de la place Félix Dzerjinksi de Kharkov, telle qu’elle était déjà en 1941. Cette place sera le théâtre d’un instant mémorable du témoignage d’Igor Sergueïevitch.

  

Donbass

Kharkov est évacuée à la dernière minute. Igor et ses camarades sont emportés dans la transhumance qui, péniblement engluée dans les routes boueuses, reflue vers l’est. Profitant du désordre, ils entreprennent un patient porte-à-porte auprès des unités régulières au milieu desquelles ils circulent pour y offrir leurs services. Du haut de leurs dix-sept ans, ils tentent de faire valoir leurs préparations militaires d’avant-guerre. On fait passer leur chemin à ces guerriers du dimanche avec des haussements d’épaules ; mais un jour, une division d’infanterie leur ouvre ses portes : la 216e division avec laquelle, des années durant, il traversera les épreuves. Igor, désormais soldat de l’Armée rouge, est le témoin oculaire du dénuement de l’heure : « Il n'y avait qu'un ou deux canons de 76 mm pour tout le régiment. Pour un canon, la réserve de munitions était d'une demi-douzaine d'obus ». Serrant les dents, il suit la division dans la boue glacée du bassin du Doniets – le Donbass - battue par une pluie diluvienne tandis que les généraux du Front du Sud ont les yeux rivés sur un endroit unique : le port de Rostov-sur-le-Don, grand carrefour industriel d’un demi-million d’habitants situé au croisement de routes maritimes, fluviales, et terrestres. Ils savent qu’Hitler, lui aussi, n’a d’yeux que pour Rostov, parce que la ville est la porte du Caucase, de ses ressources naturelles et, en premier lieu, de son pétrole. Que Rostov tombe, et cette porte sera ouverte. Effectivement, Hitler, depuis sa « Tanière du Loup » des forêts de Prusse-orientale, pousse en direction de Rostov ses divisions qui avancent lentement dans la fange glaciale.

 

 

 

 Rostov-sur-le-Don en hiver.

  

Face à la menace, le Maréchal Semion Timochenko, qui commande le Front du Sud-Ouest, joue à quitte ou double : par un froid glacial [1], il jette les forces faméliques qui ont survécu au naufrage de Kiev dans une contre-offensive pour tenter de sauver la ville, l’opération ROSTOV. Rien n’y fait : quatre jours plus tard, une division SS, avant-garde de la 1ère armée panzer, émerge de la fange et fait tomber le grand port ; mais Timochenko s’entête. C’est que l’Allemand s’est enfoncé bien loin, ses flancs menacés. Le vénérable Maréchal Gerd von Rundstedt, soixante-six ans – déjà chef d’état-major de corps d’armées pendant la Première Guerre mondiale puis, converti au nazisme, artisan de la victoire du Reich à l’Ouest en 1940 – pour l’heure commandant du groupe d’armées Sud allemand, décide de retirer sa mise. Sans même en référer à Hitler, il donne l’ordre d’un repli de 50 kilomètres vers l’ouest. Il préfère abriter toute la 1ère armée panzer derrière le fleuve Mious qui, fort opportunément, coule plus ou moins « verticalement » du nord au sud. Le fleuve offre donc une position défensive, d’autant plus idéale d’ailleurs que sa rive ouest est surplombée par des hauteurs qui offriront aux défenseurs allemands une vue imprenable sur les attaques soviétiques. Le 29 novembre 1941, Timochenko reprend Rostov. Il a sauvé la ville, et il a cadenassé le Caucase.

Toutefois, les calculs du vieux Rundstedt s’avèrent exacts. Le jeune Igor et ses camarades font maintenant face à l’immense espace découvert du Mious en partie gelé et battu par le feu de l’artillerie et des mitrailleuses allemandes. Timochenko les lance à travers le fleuve, au milieu des explosions des obus et des balles qui sifflent à leurs oreilles dans le froid cinglant, mais c’est sans espoir : la facture de Rundstedt est salée. Le 4 décembre, Timochenko arrête les frais : l’opération ROSTOV est terminée [2]. Un calme sépulcral retombe sur le linceul de neige glacée du front du Donbass. Le soir même, devant Moscou, le front se fige aussi. Moscou, comme Rostov, est sauvée.

De ce rude baptême du feu, Igor et ses camarades tirent une fierté : l’Allemand n’aura pas transféré une seule division du Donbass vers la capitale. En réalité, Hitler tenait plus à Rostov qu’à Moscou parce qu’il tenait plus au pétrole du Caucase qu’aux murs du Kremlin. Ainsi donc, sans le savoir, Igor et ses camarade ont fait même encore mieux que de défendre Moscou : ils ont privé Hitler de son objectif cardinal de l’heure. D’ailleurs, l’affaire de Rostov a fait s’étrangler ce dernier au point qu’elle a coûté son poste à Rundstedt, ajoutant encore du sel à la crise qui fait désormais rage entre le Führer de ses généraux. Malgré ces motifs de satisfaction, la bataille sur le Mious a induit en Igor et en ses camarades le sentiment amer de n’avoir été que des gouttes dans un maelstrom de sang, et ils ambitionnent un rôle plus gratifiant. Ils trouvent la solution : se porter volontaires pour les razvidéchiks, les éclaireurs, les casse-cou qui deviendront l’un des piliers du mythe de l’Armée rouge pendant la Grande Guerre patriotique.

Ils posent leur candidature pour la compagnie de reconnaissance de leur régiment d’infanterie, et ils sont acceptés. C’est dans cette confrérie très spéciale que le communiste assumé qu’est Igor Sergueïevitch se trouvera à combattre au coude à coude avec des condamnés de l’Armée rouge parmi lesquels un ancien para, un ancien pilote de chasse et même un… ancien commissaire politique, qui finiront par forcer son respect. Pour l’heure, tandis que devant Moscou, le général Joukov lance une vaste contre-offensive pour écarter les Allemands de la capitale, le front du Donbass est désormais figé. Mais Hitler et ses généraux méditent déjà leurs plans pour le printemps 1942, et ces plans vont placer Igor Sergueïevitch aux premières loges des grands événements de l’année qui commence.

 

 

Caucase

Hitler reprend son élan. Au printemps 1942, il lance une deuxième fois ses armées à travers l’Ukraine. Cette fois, il a la ferme intention de prendre Rostov, de franchir le Don et même d’atteindre la Volga et, bien sûr, le Caucase et le pétrole. L’offensive est féroce et l’Armée rouge reçoit un coup de hache. Voilà bientôt Igor au beau milieu des étendues des plaines du Caucase vastes comme les deux tiers de la France, reculant pied à pied sous un soleil de plomb. Son périple va s’achever au milieu des flammes des derricks des champs de pétrole que l’Armée rouge incendie dans sa retraite, et qui font monter dans le ciel d’été d’épaisses colonnes de fumée noire et grasse. La bataille finira dans la chaleur humide des vallées des premiers contreforts des monts Caucase, où les forêts de pins russes le disputent à une épaisse végétation déjà méditerranéenne. Là, jusqu’au début de l’automne et aux premières pluies, Igor et ses camarades se battent pour étrangler les visées d’Hitler sur… la frontière turque, qui n’est qu’à un peu plus de 200 kilomètres... C’est dans ces batailles qu’Igor Sergueïevitch, entre-temps promu officier à l’âge de dix-neuf ans, va faire la connaissance d’une catégorie de combattants qui l’impressionnera profondément et dont la singularité n’a rien à envier à celle des razviédchiks : les femmes snipers de l’Armée rouge, dont il nous entretiendra dans un prochain chapitre de son témoignage.

 

 

 

 Les contreforts du Caucase l’été

  

Igor vit son deuxième hiver de guerre, qui va être riche en bouleversements. Tandis que sa 216e division surplombe l’ennemi désormais immobile au pied des monts Caucase, le 19 novembre, six cent kilomètres au nord-est, l’Armée rouge déclenche sur le Don et sur la Volga une offensive qui parvient à enserrer toute la 6e armée allemande dans la ville de Stalingrad ; puis elle enchaîne, le long du Don, une cascade d’offensives consécutives et dévastatrices qui menacent de reprendre Rostov et donc de couper toutes les forces allemandes du Caucase du reste de la Wehrmacht. Sous les yeux d’Igor, l’occupant nazi évacue les plaines du Caucase – à l’exception de la riche région agricole du Kouban où il laisse une partie de ses forces monter la garde : Hitler tient mordicus à nourrir le Reich. Poursuivis par l’Armée rouge redescendue des montagnes, les Allemands tentent de se barricader dans le Kouban, désormais isolés du gros de leur groupe d’armées Sud mais connectés logistiquement à la Crimée à laquelle ils sont adossés. C’est au cours de cet hiver-là qu’Igor assiste, avec l’œil du connaisseur qui a connu les vaches maigres de l’hiver 1941-1942, à l’arrivée grandissante de puissantes pièces d’artillerie et d’avions neufs sortis des usines déménagées en 1941 et qui, enfin, ont recommencé à produire. Dans ce flot de matériel, il remarque avec intérêt la présence d’avions made in USA et made in England, amenés jusque-là par les convois navals alliés du Lend-Lease à travers les tempêtes terribles de l’océan Arctique.

L’aube de l’année 1943 voit Igor accueilli en libérateur dans Krasnodar, la prospère capitale du Kouban. La 216e division va rester dans la région jusqu’à l’automne. Elle participera à la libération du stratégique port de Novorossiysk, apportant un bol d’oxygène à la flotte de la mer Noire toujours orpheline de son grand repaire, la grande base navale de Sébastopol en Crimée, occupée depuis le terrible siège de 1941-1942.

 

 

 

Déminage de Novorossiysk libérée, automne 1943.

  

En octobre, Igor prend part aux derniers combats du Kouban, ceux qui renvoient l’occupant de l’autre côté du détroit de Kertch, en Crimée même. Début 1944, la 216e division quitte enfin le Caucase où elle vient de passer une année et demie. Sa destination : l’Ukraine natale d’Igor. C’est qu’entre-temps, là-bas, les choses ont changé.

 

 

Crimée 

Revenons un peu en arrière. A la fin de l’été 1943, dans l’élan de la victoire stratégique de la bataille de Koursk – la plus grande bataille de chars de l’histoire, l’Armée rouge a libéré Kharkov, la ville natale d’Igor, avant de repousser la Wehrmacht vers le sud-ouest jusqu’au Dniepr, le grand fleuve qui sépare l’Ukraine en deux. Durant l’hiver qui a suivi, les Allemands ont cette fois été repoussés des rives mêmes du fleuve puis, au début du printemps, d’une grande partie de l’Ukraine occidentale, jusqu’au Carpates. Cependant, ils ont laissé derrière eux, en Crimée, toute une armée solidement retranchée : Sébastopol reste allemande, empêchant encore et toujours la marine soviétique de se déployer en mer Noire. Or, pour entrer en Crimée depuis le continent, il faut passer par un isthme lui-même barré sur toute sa largeur par une zone de cent kilomètres métissée entre terre et mer, la Sivach, surnommée la « mer Putride ». C’est cet obstacle que la 216e division d’Igor va devoir affronter. En ce printemps 1944, contemplant l’étendue de ce nouveau défi, Igor songe, pensif, qu’il fait maintenant partie des vétérans de sa division. Pour ajouter de l’originalité à ce décor déjà inattendu, Igor va voir y surgir… une équipe de caméramen venue tourner un film sur les opérations au front. La 216e division va participer à l’étonnante opération CRIMEE et au franchissement de la mer Putride, qu’Igor Sergueïevitch contera dans un autre chapitre ; puis elle s’élancera en direction de Sébastopol, le grand objectif de l’opération, où la flotte de la mer Noire pourra enfin réintégrer le repaire qui l’abritait depuis un siècle et demi. De cette aventure, la division héritera du titre de Sivachskaïa. 

 

 

 

La porte de la Crimée : la Sivach, la mer Putride

 

Le nord, dernière étape de l’épopée

A l’issue de la victoire en Crimée, après deux années et demie d’affrontements contre le groupe d’armées Sud nazi, c’est cette fois toute l’armée à laquelle Igor appartient qui part en transhumance pour un voyage de mille neuf cents kilomètres vers le nord. Là, elle est placée en réserve de l’une des offensives majeures de l’été 1944, l’opération CHIAOULIAÏ, qui doit être lancée contre le groupe d’armées Nord allemand à travers le nord de la Biélorussie puis en Lituanie. En plein mois de juillet, CHIAOULIAÏ va repousser le groupe d’armées Nord de deux cent cinquante kilomètres vers l’ouest. Puis, à l’automne, le capitaine Ossipov, blanchi sous le harnois, participe cette fois à l’opération MEMEL qui va tailler devant elle, en Lituanie, un large hall d’accès à la côte de la mer Baltique, en poussant sur chacun de ses flancs le groupe d’armées Centre et le groupe d’armées Nord allemands. Ce dernier se trouvera acculé le dos à la mer, isolé du reste des forces de la Wehrmacht. C’est au cours de cette dernière opération qu’Igor Sergueïevitch va connaître son dernier combat.

Le 8 octobre 1944, le capitaine Ossipov participe à une pénétration profonde à l’intérieur des arrières ennemis. Les Allemands déclenchent une puissante et dangereuse contre-attaque. Le vétéran prend alors la tête de quelques dizaines d’hommes. Il les mène dans une contre-contre-attaque qui dégénère en un corps à corps sauvage, à coups de crosse de pistolet. Igor Sergueïevitch a les deux mains transpercées par des balles. Il poursuit l’action. Trois autres balles lui transpercent la cuisse. Il est hors de combat pour de bon, mais son initiative est un succès : quatre-vingts soldats allemands ont levé les bras. Le surlendemain, alors qu’il achève dans un hôpital, à l’âge de vingt-deux ans, trois années et quatre mois de guerre qui l’auront mené des montagnes du Caucase jusqu’aux confins des côtes de la mer Baltique, il est cité à l’ordre de sa vieille 216e division Sivachskaïa dont il avait croisé la route trois années plus tôt sous la pluie du Donbass…

Pierre Bacara

 

[1] L’hiver 1941-1942 est l’un des plus froid du siècle en Europe. En France, les températures descendront jusqu’à 35 degrés en-dessous de zéro (- 14 °C à Paris). Dans la journée du 20 novembre à Rostov, la température la plus basse relevée est de – 20 °C.  [ Retour au texte ]

[2] L’opération soviétique ROSTOV (à ne pas confondre avec l’opération homonyme qui sera lancée, treize mois plus tard, dans la même région mais sur un secteur plus vaste) est l’une des deux toutes premières défaites terrestres d’importance infligées à l’Allemagne nazie, avant même l’échec allemand devant Moscou ; l’autre est l’opération CRUSADER lancée par les forces du Commonwealth (britanniques, australiennes, néo-zélandaises, sud-africaines, indiennes et polonaises) à la frontière entre l’Egypte et la Libye un jour après ROSTOV, le 18 novembre. En sus d’être quasi-concomitantes, les deux opérations partagent de nombreux points communs. Les Soviétiques et les Britanniques se lancent à l’assaut de forces de l’Axe de dimensions comparables – une armée dans les deux cas ; dans les deux cas, la bataille démarre sur une farouche résistance ennemie qui finit par s’user au bout d’une dizaine de jours de durs combats, et débouche sur une décision de l’ennemi de se replier.

L’unique différence entre les deux opérations est que CRUSADER affronte un adversaire composé aux deux tiers de forces italiennes qui, si leur mordant n’a rien à envier à celui des troupes allemandes - contrairement à ce qu’on affirmé les persiflages du ministre de la propagande nazi, Joseph Goebbels - elles sont en revanche globalement moins bien équipées que leur homologues allemandes ; mais même ce fait ne fait pas de ROSTOV une victoire plus méritoire que CRUSADER car, au total, les deux armées de l’Axe sont équipées d’un nombre quasi-identique de panzers.

Ces deux opérations sont donc très largement comparables dans leur ampleur, dans leur déroulement et dans leur conclusion, et l’Armée rouge et les forces britanniques se partagent par conséquent l’honneur d’avoir infligé simultanément à la Wehrmacht ses deux premières défaites tactiques terrestres significatives.

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